Invocation à Vénus par Arthur Rimbaud, 1869

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Mère des fils d’énée, ô délices des Dieux,
Délices des mortels, sous les astres des cieux,
Vénus, tu peuples tout : l’onde où court le navire,
Le sol fécond : par toi tout être qui respire
Germe, se dresse, et voit le soleil lumineux !
Tu parais… A l’aspect de ton front radieux
Disparaissent les vents et les sombres nuages :
L’Océan te sourit ; fertile en beaux ouvrages,
La Terre étend les fleurs suaves sous tes pieds ;
Le jour brille plus pur sous les cieux azurés !
Dès qu’Avril reparaît, et, qu’enflé de jeunesse,
Prêt à porter à tous une douce tendresse,
Le souffle du zéphir a forcé sa prison,
Le peuple aérien annonce ta saison :
L’oiseau charmé subit ton pouvoir, ô Déesse ;
Le sauvage troupeau bondit dans l’herbe épaisse,
Et fend l’onde à la nage, et tout être vivant,
À ta grâce enchaîné, brûle en te poursuivant !
C’est toi qui, par les mers, les torrents, les montagnes,
Les bois peuplés de nids et les vertes campagnes,
Versant au coeur de tous l’amour cher et puissant,
Les portes d’âge en âge à propager leur sang !
Le monde ne connaît, Vénus, que ton empire !
Rien ne pourrait sans toi se lever vers le jour :
Nul n’inspire sans toi, ni ne ressent d’amour !
À ton divin concours dans mon oeuvre j’aspire !…

Arthur Rimbaud

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